#PayeTonAuteur

Bon, il faut qu’on parle.
Illustration : © Sandrine Bonini

La petite naïve que je suis pensait encore il y a quelques mois que les auteurs étaient rémunérés lorsqu’ils étaient invités à faire des dédicaces…

Vous imaginez donc bien ma surprise lorsque j’ai aussi découvert qu’ils n’étaient même pas rémunérés pour des animations, des conférences, des tables rondes et autres dans le salon qui se proclame lui-même « le plus grand événement dédié au livre en France »… !


Vous êtes peut-être passé à côté si vous n’utilisez pas Twitter ou Instagram, mais une polémique fait rage depuis quelques jours et il y a de quoi franchement s’agacer. En effet, il s’avère que Livre Paris qui aura lieu du 16 au 19 mars 2018, donc la semaine prochaine, ne rémunère pas ses auteurs pour les animations demandées… ou en tout cas pas tous ! (et ça, c’est peut-être encore pire !)

Il m’a fallu un peu de temps pour digérer cette nouvelle car, clairement, lorsque j’y suis allée l’an dernier, j’étais absolument persuadée que les auteurs étaient rémunérés (rien que pour leurs dédicaces ! mais quelle naïve adorable je fais !)

La force du salon Livre Paris réside vraiment dans ses animations de toutes sortes : les différentes scènes, mais aussi les rencontres, les conférences, les tables rondes, bref, y a largement de quoi passer un très bon moment (histoire d’oublier un peu le prix franchement élevé de l’entrée !)
Ces animations nécessitent un temps de préparation de la part des auteurs, il ne s’agit pas là d’une simple promotion de leurs ouvrages. En effet, on y discute d’un sujet souvent vaste devant faire l’objet d’une réflexion plutôt pointue ! Du coup, qui dit animation, dit préparation ou en tout cas travail et donc… rémunération, non ?

Oui mais voilà, les arguments opposés sont le fait que Livre Paris accueille chaque année énormément de monde et donc, permet une meilleure visibilité, une certaine promotion aux auteurs… Hallucinant !
Est-ce qu’on a déjà rémunéré un travail/service par la promotion de celui-ci ? Est-ce que votre médecin accepte de vous voir en consultation si vous promettez de faire sa promotion sur internet ?
(même si je continue personnellement à aller travailler certains samedi matin sans rémunération ou récupération… ahhh les joies de l’internat !)

Dans le monde de la culture, il y a bien souvent une confusion terrible entre passion et travail et si j’ose m’offusquer aujourd’hui, c’est parce que j’en ai un brillant exemple à la maison. Ça n’est pas parce que quelqu’un vit de sa passion qu’il peut vivre d’amour et d’eau fraîche à côté ! (et encore, s’il arrive à payer sa facture d’eau…)
Vivre de sa passion ne signifie pas bénévolat en retour. J’ai toujours l’impression que la population voit en général ça d’un mauvais œil, comme si on faisait une fleur à ces personnes : « Tu vis de ta passion toi, t’as pas à te plaindre. » ! (je l’entends souvent autour de mon cher et tendre qui est musicien, je n’invente rien !) 
Les auteurs et illustrateurs doivent aussi manger, se loger et payer leurs factures. Et oui, ils vivent de leur passion et c’est vraiment génial ! Sans eux, il n’y aurait pas d’ouvrages, sans ouvrages pas de littérature et sans littérature on n’aurait même pas pensé à un salon du livre ! (et on serait tous très très tristes aussi, il faut le dire !)

Alors voir que tout le monde se soulève contre cette aberration me gonfle le cœur de joie. Voir que la charte des auteurs et illustrateurs s’en est saisie pour défendre ses auteurs, c’est juste génial. Voir ces booktubeurs, ces blogueurs, ces instagrameurs, ces lecteurs, monter au créneau et faire entendre leur soutien, c’est magnifique.
Lorsque je vois le manque de réaction de Livre Paris en réponse à une telle révolte, que dis-je, une telle révolution contre un système bien trop utilisé, je ne peux que vouloir en rajouter une couche.

Non, on ne peut pas laisser les choses en état et oui, nous nous devons de relayer l’information.
Parce que ceux qui vont aller à ce salon pour rencontrer leur auteur préféré doivent savoir que celui-ci n’est même pas rémunéré.
Parce que vous devez aussi savoir que la plante verte de l’entrée a été louée et donc bien plus valorisée financièrement que votre auteur/illustrateur chouchou.
Parce qu’on en a marre de vivre dans une précarité constante parce que « ça s’est toujours fait comme ça » et que personne n’a de « budget » pour ça. Vu ce que payent les gens à l’entrée et les éditeurs pour leur stand, permettez-moi de sérieusement en douter.

Conclusion

Le hashtag #payetonauteur est donc d’une importance capitale pour montrer notre soutien à ces personnes qui nous font chaque jour rêver, voyager dans des terres inconnues et nous mettent des étoiles plein les yeux avec l’envie de faire des méga cœurs avec les doigts. Je remercie les auteurs de toujours être là, de se battre tous les jours pour continuer et je ne peux que les soutenir du bout de mes petits bras de blogueuse. 

Je finirai simplement ce long roman en disant que je trouve cela choquant qu’en 2018, on soit encore à parler de ça, qu’on soit encore à devoir demander ce qui devrait être normal, automatique, indiscutable. Le monde de la culture souffre car certains n’y voit pas quelque chose de vital pour la population là où une majorité de celle-ci ne se voit décemment pas vivre sans.

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About

Lectrice depuis mon plus jeune âge, j'ai décidé de lancer mon blog en mars 2015 et ma chaîne BookTube en août 2016 que j'administre à côté de mon travail (interne en psychiatrie).

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6 thoughts on “#PayeTonAuteur

  1. Dans la culture comme dans le reste, la rémunération d’un travail quel qu’il soit, semble de plus en plus être une option pour ceux qui détiennent le pouvoir et profitent des « petites mains » qui les enrichissent… L’industrie du livre n’y échappe pas, hélas !

  2. Tout à fait d’accord ! C’est honteux ! Cela rend leur présence encore plus louable, car s’ils sont là, c’est qu’ils veulent être présents pour leurs lecteurs et pas pour gagner de l’argent !
    Est-ce la même chose pour la foire du livre de Bruxelles?

  3. Je boycottais déjà ce salon parce que je trouvais que le prix d’entrée était un peu du foutage de gueule : limite pour moi c’était payer pour avoir le droit d’acheter. Et à ce moment là, je croyais qu’ils payaient les auteurs!!
    Je risque encore moins d’y mettre les pieds qu’avant!
    Y’a encore des gens pour pense que tu ne fais un « vrai » métier que si tu y vas dans la souffrance morale tous les matins!
    Et les arguments qu’ils avancent sont tellement… lamentables.. je ne voit pas d’autre mot!
    J’espère qu’ils vont faire moins d’entrées que d’habitude, que des auteurs vont se désister… les frapper au portefeuille, y’a que ça pour qu’ils comprennent!

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