Tortues à l’infini de John Green

tortues à l'infini

Aza Holmes, 16 ans, a tout pour être aimée et avoir un bel avenir, mais elle a grandi avec une pathologie psychique. Qui est-elle, où est-elle, lorsque la spirale vertigineuse de ses pensées obsessionnelles s’empare d’elle ? Vous aimerez Aza, qui raconte sa propre histoire, vous aimerez sa meilleure amie Daisy la tornade, et son peut-être amoureux Davis, fils d’un milliardaire mystérieusement disparu. Un trio improbable qui va mener l’enquête, et trouver en chemin d’autres mystères et d’autres vérités…

Auteur : John Green

Edition : Gallimard Jeunesse

Date de sortie :  10 octobre 2017

Prix : 21,00 € voir sur Amazon

352 pages

ce que j'en pense 2

Un roman plus personnel et tellement pertinent…

Il s’agissait de mon premier roman de cet auteur. Avec tous les échos concernant ses précédents livres, je dois avouer que j’avais un peu peur d’être déçue par sa plume que tout le monde vantait…

Et j’avais tellement tort !

Dans ce roman, John Green évoque un sujet qui lui tient à cœur et contenant ses pensées les plus personnelles. En effet, le personnage principal, Aza, est atteinte de TOC. Ses pensées intrusives concernent surtout la saleté et la population microbienne et on découvre à quel point il est difficile pour elle, pour eux, de sortir de cette spirale infernale une fois un pied mis dedans. On voit que l’auteur sait de quoi il parle car il en souffre lui-même et j’avoue que les pensées livrées d’Aza semblent terriblement authentiques. J’ai eu l’impression de m’immiscer dans l’esprit, dans les ressentis de l’auteur et c’était très intéressant car tous les patients ne le décrivent pas si bien et rarement de façon si poétique !

Mais encore…

Ce roman a été un véritable plaisir à lire ! Il parle de l’adolescence tout en suivant une jeune fille au quotidien sortant un peu de l’ordinaire sans tomber dans le destin fantastique. C’est touchant, sans l’être trop. En effet, tout est dans la subtilité et c’est surement ce que j’ai le plus aimé. Finalement on en ressort grandi, souriant et pourtant, quand il s’agit d’en parler, de se souvenir d’un élément qu’on a particulièrement aimé, c’est là l’exercice le plus difficile. Aucune page ne m’a plus marquée que le reste et pourtant j’ai beaucoup apprécié cette lecture. Les pensées d’Aza sont omniprésentes et c’est logique, c’est réellement le cas dans ce genre de pathologie.

Et puis, il y a aussi la question de la filiation avec notamment la disparition du père de Davis, mais surtout le décès du père d’Aza. John Green reste à nouveau très subtil et c’est vraiment très intéressant de voir le retentissement de ces deux terribles événements sur leurs enfants. Le rapport à l’autre que cela soit avec ses parents ou ses amis, est vraiment mis en avant ici. Les personnages secondaires sont vraiment attachants et j’ai beaucoup aimé la pétillante Daisy !

J’ai adoré le fait qu’on utilise ENFIN les technologies dans un livre young-adult comme cela se fait dans la réalité. C’est vraiment très bien fait sans que cela soit trop. Encore une fois, ça reste subtil. On a des conversations SMS mais qui sont très bien intégrées à l’histoire car c’est exactement comme cela que ça se passerait dans la réalité. On a tous notre portable tout le temps sur nous, et on s’en sert parfois sans y penser. C’est exactement ce qui se passe ici.

Et puis…

Enfin, on est face à une petite enquête qui est très loin d’être au cœur de l’histoire. Le père d’un personnage a disparu et Aza va contribuer à résoudre l’enquête. Pourtant, cela n’est qu’une partie du roman et on ne le rappelle pas à chaque fois ; tout comme la petite romance. Le sujet principal est vraiment l’adolescence mais aussi la maladie d’Aza, sa spirale infernale.

Je dois dire que j’ai été bluffée par le rapport au titre qui est fait au court du récit. En effet, la première fois que j’ai entendu le titre de ce livre, je me demandais ce qu’il voulait dire par là. C’est très bien expliqué dans le roman et cela nous fait nous interroger sur nous-même, les autres, notre rapport avec les autres mais aussi notre place dans l’univers.

Pour finir, je dois vraiment saluer ce roman pour la portée psychologique et psychiatrique qu’il porte. Le sujet principal étant la maladie d’Aza au cœur de l’adolescence, vous vous doutez que cela avait piqué ma curiosité. J’ai découvert avec plaisir que la psychiatrie était ici démystifiée et surtout qu’on ne stigmatisait pas ceux qu’on appelle trop souvent « fous ». John Green nous permet de mieux comprendre cette pathologie dont il souffre en la rendant accessible, compréhensible et en y ajoutant une petite touche de poésie. On ne peut que déborder d’empathie pour Aza qui vit, survit, avec l’enfer qui est le sien.

Conclusion

Je suis ravie d’avoir découvert la merveilleuse plume de John Green via ce roman. J’y ai découvert une grande subtilité cachant de belles et terribles idées, mais surtout des notions très importantes. John Green peut être lu à tous les âges tant l’analyse de ce roman peut-être différente selon l’expérience, les connaissances et le vécu de chacun. Ce roman déclenchera d’abord de l’empathie envers Aza mais aura aussi pour rôle d’exposer cette maladie méconnue, démystifiera ceux que l’on qualifie trop souvent de « fous » et surtout abordera une nouvelle fois l’adolescence et le deuil d’une façon tellement bien pensée. Je suis conquise.

très bonne lecture notation

un petit mot pour la fin 2

Nous sommes des êtres qui nous appuyons tellement sur le langage que, dans une certaine mesure, nous ne connaissons pas ce que nous ne pouvons pas nommer. Et nous en concluons que ce n’est pas réel. Nous nous réfugions dans des termes fourre-tout, comme « fou » ou « douleur chronique », des mots qui ostracisent et minimisent en même temps. « Douleur chronique » ne suffit pas à décrire la souffrance épuisante, constante, incessante, à laquelle on ne peut échapper. Et le terme « fou » nous parvient dénué de la terreur et de l’angoisse avec lesquelles vous vivez. De plus, ces deux termes n’évoquent ni l’un ni l’autre le courage que peuvent développer les personnes qui sont dans un tel état de souffrance. C’est la raison pour laquelle j’aimerais vous encourager à désigner votre condition mentale par un autre mot que « folle ».


Et si on ne peut pas choisir ce que l’on fait ou ce à quoi l’on pense, alors peut-être n’est-on pas tout à fait réel. Je suis peut-être un mensonge que je me murmure à moi-même.


On dit souvent qu’une ligne nette sépare l’imagination des souvenirs, mais c’est faux, du moins en ce qui me concerne. Je me rappelle ce que j’ai imaginé et j’imagine ce que je me rappelle.


C’était en quelque sorte un soulagement de se sentir si petit ; j’ai compris quelque chose que Davis devait déjà savoir : plus on suit une spirale vers l’intérieur, plus elle va rétrécissant, et, plus on la suit vers l’extérieur, plus elle va en s’élargissant.

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About

Lectrice depuis mon plus jeune âge, j'ai décidé de lancer mon blog en mars 2015 et ma chaîne BookTube en août 2016 que j'administre à côté de mon travail (interne en psychiatrie).

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3 thoughts on “Tortues à l’infini de John Green

  1. Je n’ai jamais lu de John Green (pas même Nos Étoiles Contraires *honte à moi ^^ »*), mais peut-être que je vais me laisser tenter par celui-ci ! En tout cas, ta chronique m’a donné envie de découvrir la plume de cet auteur 🙂

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